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Si l’on se libérait de nos convictions concernant l’accouchement ? (happyknowledge.com)

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Posté par Youssef Dialmy

La grossesse et plus particulièrement l’accouchement, est une période délicate au cours de la vie d’une femme, source d’innombrables angoisses. La conscience populaire en a toujours été imprégnée et ce, même après l’avènement de l’accouchement médicalisé. Ne dit-on pas d’une femme qui accouche qu’elle est une  « n’fissa » ? Signifiant littéralement  qu’elle n’a plus qu’un seul pied dans ce monde.

Femme du passé lointain en train d'accoucher

François Mauriceau, un éminent obstétricien français du 18ème siècle, décréta que l’accouchement à la maternité doit se faire dans une position bien définie, que je ne vous ferez pas l’affront de décrire, tant notre expérience, notre imagination et notre culture nous renvoient tous à la même image. Dans le temps, les « n’fissas » de la Médina de Fès qui luttaient avec  un accouchement difficile, arpentaient les petites ruelles vêtues d’un habit spécial pour l’occasion, accompagnées de leur « kabla » ou accoucheuse traditionnelle pour arriver à « Talaa Lakbira », une longue rue qui monte. Les riverains, habitués à cette scène populaire de magie sympathique, y participaient en se mettant aux fenêtres pour jeter des œufs sur la pauvre femme jusqu’à ce que celle-ci soit touchée afin que la magie opère et qu’elle puisse être délivrée…  Aujourd’hui encore, il arrive à certains  curieux naïfs d’assister,  ébahis, à cette scène dans la médina de Fès, qui semble venir d’un temps oublié. Sans aller jusqu’à suggérer aux mamans et aux futures mamans de déambuler dans leur quartier au moment de leurs contractions dans l’attente de recevoir des œufs, la médecine classique, rigide, telle que nous l’imaginons, évolue depuis Mauriceau vers des choses…parfois surprenantes.  De l’eau à l’orgasme, la naissance est un long fleuve qu’on aimerait tranquilliser.

Le très médiatisé accouchement dans un bassin d’eau chaude,  imaginé dans les années 60, tend volontairement à rompre avec la pratique d’enfanter  dans un plateau technique médicalisé classique. Si il est communément admis que l’amoindrissement des effets de la pesanteur par l’eau rend la douleur liée aux contractions plus supportable et que le bébé s’en sort très bien immergé, tant que le cordon ombilical n’est pas clampé, les détracteurs de cette pratique mettent le doigt sur le fait que cela fait courir des risques inutiles au fœtus, principalement respiratoires, que les moyens pour suivre le bon déroulement du travail se trouvent limités  et  que la diminution du taux de traumatisme maternel et fœtal, qui était pourtant l’objectif avoué des instigateurs de cette pratique n’est pas suffisamment significative  pour justifier une telle prise de risque. L’accouchement en bassin d’eau chaude fût interdit en Irlande en 2008 lorsqu’un nouveau-né décéda  après sa naissance en piscine.

La position de la femme qui accouche évolue aussi dans les maternités classiques. De plus en plus de maternités encouragent les femmes à déambuler au cours de leur travail. Les premières concernées  le disent, les contractions sont plus supportables quand elles se tiennent debout. De plus, certains obstétriciens avancent, sans pouvoir en apporter la preuve formelle, que la position lithotomique  conventionnelle réduirait le nombre de contractions utérines et allongerait ainsi la durée du travail. Des maternités scandinaves ont décidé de faire confiance à ce savoir inné des femmes en se donnant les moyens de suivre  leurs parturientes qui déambulent à souhait et qui imposent d’elles-mêmes  à l’équipe médicale la position dans laquelle elles décident d’accoucher. Ces pratiques ont permis à ces maternités de réduire le taux d’épisiotomie à 6%. A titre de comparaison, ce taux se  situe entre 10 et 25%  en France. Il semblerait logique de suivre aveuglément cette physiologie de la position chez les parturientes et d’accabler Dr Mauriceau, qui dans ses décrets,  a pensé l’accouchement avant tout pour  donner à l’équipe soignante le maximum de sécurité. Cependant, la mise en œuvre généralisée de ces pratiques constitue un véritable défi pour des maternités qui doivent s’adapter en structure, en personnel,  et faire face à un nombre de naissances par jour parfois impressionnant.  

Du plaisir pendant l’accouchement ? Vraiment ? L’idée fait sourire… Si elle n’est pas considérée comme saugrenue, elle constitue assurément un tabou. Et pourtant, il m’est arrivé au cours mes gardes dans des salles d’accouchement  d’interrompre, sans le vouloir, par ma simple présence, des femmes qui se « touchaient » de manière instinctive pendant  leurs contractions. Intrigué, je fis des recherches ; Comment peut-on penser au plaisir dans des moments réputés extrêmement douloureux ? L’accouchement est douloureux, c’est dans toutes les consciences, c’est universel. Dans la Bible, la douleur  de l’accouchement est un châtiment infligé à Eve pour avoir incité Adam à manger la pomme. Néanmoins, certains médecins avancent l’idée que la physiologie du travail, c’est-à-dire les mécanismes et les substances provoquant les contractions utérines qui mènent à l’accouchement sont sensiblement les mêmes qui conduisent à l’orgasme féminin. C’est établi pour l’ocytocine, un puissant utérotonique qu’on retrouve à des taux significativement élevés dans les deux situations. La pression sur les parties intimes libère également des endorphines  qui sont de puissants analgésiques. Il n’est donc pas bizarre de ressentir du plaisir ou l’envie de se donner du plaisir au cours de l’accouchement. Une étude française menée par des psychologues à révélé que trois accouchements sur mille sont accompagnés d’un ou plusieurs orgasmes spontanés. Des mouvements canadiens soutenus par des médecins vont même plus loin : ils affirment que l’accouchement est douloureux uniquement parce qu’il a toujours été perçu comme tel à travers les âges et les sociétés, et ils incitent les parturientes au cours de leur suivi de grossesse à apprendre à concevoir leur accouchement comme un acte sexuel… Primum non nocere, et de ce fait, pourquoi pas ?  





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